20/10/2006

Jean-Michel Aphatie : Laurent Fabius a dominé le débat

Lu sur Le blog de Jean-Michel Aphatie :

Mon sentiment de téléspectateur, c'est que Laurent Fabius a dominé le débat. Il est, de loin, celui qui a été le plus précis, celui qui s'est le plus engagé. Je résume ses positions.

Le texte intégral issu du blog de Jean-Michel Aphatie

UNE AFFAIRE DE PASSE DROIT.

Un peu avant 19 heures, mon portable sonne. Mon interlocuteur, dont je tairais l'identité, me raconte l'histoire suivante. Président de Public Sénat, Jean-Pierre Elkabbach compte au nombre des organisateurs de cette rencontre télévisée entre les trois responsables socialistes. Il a été convenu, entre les représentants de Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius, qu'aucun journaliste ne serait présent dans le studio durant l'émission, seules dix personnes invitées par les trois postulants, plus dix autres invitées par le premier secrétaire, ayant le droit d'accéder aux chaises disposées autour du plateau de télévision.
Outre ses fonctions à Public Sénat, Jean-Pierre Elkabbach est également PDG d'Europe 1. C'est à ce second titre qu'il a obtenu, de qui précisément je ne le sais pas, qu'un journaliste de sa rédaction pénètre, sur le plateau, plaçant ainsi la radio du groupe Lagardère en situation de diffuser des reportages exclusifs, ce matin sur son antenne.

Après quelques coups de téléphone qui ont confirmé cette information, j'ai aussi appris que les journalistes des autres rédactions, presse écrite, radios, télévisions, qui faisaient le pied de grue en dehors du studio d'enregistrement avaient eux aussi pris connaissance du passe droit dont bénéficiait Europe 1. Il semble qu'ils s'en soient émus auprès de la direction du PS et que plusieurs d'entre eux aient demandé à bénéficier eux aussi du même traitement. Plutôt que de compliquer la situation, les organisateurs ont alors pris la décision de demander au journaliste qui se trouvait à l'intérieur de sortir.

Vous trouverez trace de cette anecdote dans la toute première édition du Parisien, baptisé Aujourd'hui. Marc Pellerin la mentionne dans les trois dernières lignes de son papier intitulé: "Médias, une exclusivité contestée." Ce papier disparaît dans éditions suivantes au profit d'une interview de Michel Rocard qui dit que Dominique Strauss-Kahn qu'il soutient, a été formidable.

Pour être complet, rappelons que Le Parisien est partenaire d'Europe 1 pour son émission politique du dimanche soir. Cette précision pourrait laisser penser qu'il y a un lien entre l'anecdote et sa relation partielle. En fait, je n'en sais rien.

Sur le débat lui même, d'abord la forme.

Jean-Pierre Elkabbach, président de Public Sénat, avait dit, au terme des négociations avec les responsables socialistes, que leur volonté de ne pas se parler, de ne pas s'affronter directement, les avaient conduits à réinventer la télévision de Brejnev, que les plus jeunes n'ont pas connu, mais qui était un dirigeant communiste plutôt réfrigérant de l'ex-URSS.
Après avoir vu le débat, on peut ne pas partager la sentence du président de Public Sénat. Les trois compétiteurs ont débattu du fond des choses avec courtoisie, sans les inévitables interruptions ou chamailleries qu'aurait occasionnées une confrontation directe, et avec une dignité qui, d'une certaine façon honore la politique. C'était, globalement, bien pensé et bien fait.

Sur le fond, c'est plus compliqué.

Mon sentiment de téléspectateur, c'est que Laurent Fabius a dominé le débat. Il est, de loin, celui qui a été le plus précis, celui qui s'est le plus engagé. Je résume ses positions.
S'il est élu président de la République en mai 2007, il augmente immédiatement le SMIC de 100 euros. Comme il est soucieux de ne pas écraser l'échelle des salaires, il fait en sorte que l'ensemble des bas salaires soient revalorisés. Même s'il ne l'a pas dit explicitement comme cela, il faut comprendre que ce qui ressort directement du pouvoir de l'Etat, c'est à dire la rémunération des fonctionnaires, connaitra une augmentation substantielle. Par ailleurs, Laurent Fabius a annoncé qu'il généraliserait les 35 heures, abrogerait les lois Fillon sur les retraites, renationaliserait immédiatement EDF et déferait aussitôt la fusion GDF-Suez, si jamais elle se produisait.

Laurent Fabius a justifié ses décisions par la nécessité de soumettre l'économie et l'organisation de la société au poids et à la force du pouvoir politique. Les plus anciens d'entre nous, ceux qui ont bien connu Léonid Brejnev, ont retrouvé là les accents et la tonalité des socialistes d'avant leur victoire de 1981. A l'époque, des caisses pleines d'argent leur avait permis d'appliquer leur programme. D'ailleurs, deux années plus tard, une fois les caisses vidées, il avait fallu instaurer une politique de rigueur financière.
La différence entre 2007 et 1981 est mineure: ce coup ci, les caisses de l'Etat sont déjà vides. C'est une donnée que Laurent Fabius a sans doute intégrée dans son projet politique.

A côté de lui, Dominique Strauss-Kahn est apparu prudent, presque timoré, pour ne pas dire technicien. Quand à Ségolène Royal, elle a dit des généralités générales, néanmoins souvent ancrées dans la réalité du Poitou-Charentes.

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