08/11/2006

Laurent Fabius est dans l’œil du cyclone

Quand Laurent Fabius rend visite à ses camarades ariégeois, c’est en voisin, en toute simplicité, sans garde du corps, ni service d’ordre.
Samedi soir c’est à l’invitation de Guy Destrem, vice-président du Conseil Général de l’Ariège, «un ami de trente ans», que le candidat à l’investiture du parti socialiste s’est rendu à Serres-sur-Arget en Ariège.

Au premier rang de cette assemblée de plus de quatre cents personnes, Jeanne Authié, Françoise Imbert, député de Haute-Garonne, Martin Malvy, président du Conseil Régional Midi-Pyrénées Frédérique Massat, vice-présidente du Conseil Régional, Augustin Bonrepaux, président du Conseil Général de l’Ariège, Henri Nayrou, député de l’Ariège, Emile Franco et Pierres Casteras, conseillers régionaux, Philippe Martin, président du Conseil Général du Gers, René Massat, Raymond Coumes, André Montané, conseillers généraux de l’Ariège, Paul Quilès, Gérard Bapt et bien d’autres.

Après les interventions de Guy Destrem et du Président Malvy, Laurent Fabius a défendu les thèmes du «projet socialiste», un projet élaboré collectivement qui sert de trame à sa campagne à l’investiture du PS.

Confiant dans sa capacité à remporter la primaire socialiste en vue de l’élection présidentielle, le candidat Fabius est totalement décomplexé il ne se laisse pas impressionner «par la mousse médiatique ni par le bruit des sondages» que le placent 3ème dans la course à l’investiture.

Car en préambule les objectifs sont clairement affichés, il s’agit bien d’un candidat en pré-campagne aux élections présidentielles incarnant le rassemblement à gauche:
«c’est une leçon que j’ai tiré de mon long compagnonnage avec François Mitterrand et Lionel Jospin» /…/ «On parle souvent de l’œil du cyclone, c’est le seul endroit où il ne se passe rien et bien c’est là que je me positionne alors que mes deux autre camarades à l’investiture s’agitent dans le cyclone. Je parcours les départements jours après jours et j’ai l’impression que les choses sont en train de changer».

Conscient que la réussite viendra dans sa capacité à rassembler la gauche et les socialistes, il se dit être «le candidat le mieux placé pour défendre les idées de gauche…et quoiqu’on en dise, la gauche ça ne comprend pas l’UDF !»

Il évoque non sans humour les sondages: «On nous a dit c’est plié et que le pli n’est pas en ma faveur, que les français on déjà fait leur choix et que nous allons assister à une finale connue d’avance. Mais j’ai souvenir de ces même sondages qui prévoyaient en 2002 une finale Jospin / Chirac ou en 1980 qui tenaient Michel Rocard pour président de la République!
Le débat a commencé au sein du parti et le citoyen de gauche fait preuve d’une vrai conscience civique selon la définition du philosophe ariégeois Pierre Bayle»

Les sondages peuvent certes avoir un impact sur les militants mais une fois le responsable désigné avec 50% des voix de l’opinion publique, sera-t-il capable d’étendre ce capital au reste des militants, c’est la question que pose Laurent Fabius:
«Quand François Mitterrand a été désigné face à Michel Rocard, il pesait dans les sondages moins de 20% et le jour où il a été désigné, il a pris 30 points dans l’opinion publique»

Enfin Laurent Fabius a demandé aux militants de choisir en toute liberté: «la seule chose nécessaire c’est de faire votre choix en fonction de ce que vous pensez et de ce que vous voulez pour le pays»

Laurent Fabius a d’abord souhaité évoquer sa conception de la République, il s’agit pour lui d’une République sociale avec des mesures en faveur des salaires et des pensions: une augmentation de 8% du Smic mais également des retraites, financée par l’Etat et les entreprises (remise en cause de certains aménagements fiscaux pour les grandes entreprises et allègement des charges pour les petites et moyennes entreprises).

«On a besoin d’entreprises qui marchent et d’augmenter le pouvoir d’achat»Laurent Fabius a dénoncé le projet de conférence salariale des autres compétiteurs: «si l’on se contente de réunir les syndicats et le Medef autour d’une table, c’est l’histoire de France raconté aux bisounours ! Il faut que le gouvernement donne l’impulsion»

Mais la République c’est également l’école: encadrement scolaire organisé, suivi scolaire individuel, plus de ressources à l’enseignement supérieur et davantage de reconnaissance aux enseignants.

Il s’oppose résolument à la suppression de la carte scolaire qui d’après lui accentue les ségrégations ou encore le recrutement des enseignants par les chefs d’établissements…
«Ce n’est pas ma conception de la République»

Par contre la laïcité demeure pour lui le troisième pilier de la République: «Toutes les guerres sont des guerres de religion, nous avons la chance d’être un pays laïque/…/ je m’engage à ce que l’on ne touche pas un seul cheveux à la laïcité»
Laurent Fabius souhaite inclure dans sa réforme de la constitution, s’il est élu, une charte de la laïcité.

Quant aux services publics, «ils sont essentiels aux départements ruraux comme l’Ariège (poste, chemin de fer, école..)» Il a été décidé qu’à partir du 1er juillet 2007, les tarifs de l’énergie seraient libres et qu’il n’y aurait plus aucun monopole pour les particuliers. Idem pour l’affranchissement du courrier.
«si je suis investi et élu, la France s’y opposera. Il faut savoir dire non aux directives européennes quand elles ne vont pas dans le bon sens»

Laurent Fabius précise qu’il a toujours été un européen convaincu et qu’il le demeure mais «actuellement il y a une telle dérive vers le libéralisme, il faut modifier les textes vis-à-vis de la politique économique : il faut remettre l’Europe sur les rails de la renégociation de la constitution, bâtir un traité social et une véritable harmonisation sociale notamment s’agissant de l’impôt sur les sociétés»

Le candidat à l’investiture a également clarifié ses positions en matière de décentralisation: «Il faut une décentralisation mais les ressources doivent aller avec et le rôle des élus confortés /…/ la France n’est pas seulement l’addition de régions, c’est l’Etat qui doit assumer les initiatives, l’Etat doit être fort et respecté»

Mais le candidat Fabius met en avant sa vision des choses: «la République c’est un rapport entre les élus et les citoyens, le projet socialiste prévoit que les institutions soient modifiées, il faut une véritable république parlementaire»

La démocratie participative très en vogue au cœur des débats des autres compétiteurs, «ne doit pas être un gadget, il existe depuis longtemps les associations ou les syndicats qui doivent être plus respectés dans les entreprises»

Enfin en matière d’agriculture, Laurent Fabius est favorable à un développement rural qui privilégie la qualité des produits, sans pénaliser la diversification et il souhaite rétablir, en les allégeant, les contrats territoriaux d’exploitations.

Quant à l’écologie: «la présidence qui arrive doit être sous le signe de l’écologie et le développement durable sera une exigence prioritaire dans tous les domaines de l’action publique. Ainsi le n° 2 du gouvernement sera chargé, en tant que ministre d’Etat du développement durable. C’est un enjeu important dont il faut prendre également la mesure au niveau européen. Le gouvernement doit se doter d’un budget conséquent, réorganiser la fiscalité en ce sens, aider les particuliers (prêt à taux zéro), biocarburants…»

Une position résolument à gauche et des thèmes fédérateurs comme la laïcité, la mixité, la république sociale pour un candidat qui a tiré les leçons du passé et qui compte réaliser le rassemblement à gauche… dernier grand débat public pour les trois candidats à l’investiture, jeudi 9 novembre à Toulouse Labège.
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2006

06/11/2006

La manipulation médiatico-sondagière

Philippe Marlière est maître de conférences en science politique à l’université de Londres.

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Selon ses partisans, la candidature de Ségolène Royal s’impose pour deux raisons « rédhibitoires » :
1) leur candidate est la mieux placée pour rassembler les socialistes et la gauche ;
2) les sondages la plébiscitent.


La campagne interne est en train de nettement infirmer le premier argument. Loin de rassembler les socialistes et la gauche, Ségolène Royal apparaît diviser profondément son camp. En dépit de l’embargo des médias voulu par le camp royaliste, le rassemblement du Zénith a souligné combien les contours flous et ambigus de son discours avaient fini par exaspérer un auditoire plutôt bien disposé à son égard au début de la soirée. Le « blairisme à la française » de Mme Royal (35 heures, carte scolaire, jurys populaires, encadrement militaire des jeunes délinquants) heurte en effet un nombre croissant de militants socialistes qui s’informe et débattent. Quoi de plus normal pour des socialistes français de s’émouvoir des lourds emprunts à un homme d’Etat qui est couramment présenté comme le consolidateur du thatchérisme ?

Reste le deuxième argument, celui de sondages exceptionnellement flatteurs pour Ségolène Royal. Une certaine presse ne se prive jamais de rappeler que Laurent Fabius est « toujours bon dernier dans les sondages », « loin derrière Mme Royal ». Mais de quels sondés s’agit-il ? De « sympathisants socialistes ». Rappelons d’abord une évidence : ce sont bien les militants qui seront appelés, les 16 et 23 novembre, à choisir le candidat socialiste et non les « sympathisants ». Pourquoi dans ce cas continuer à nous bombarder de sondages qui ne concernent en aucune manière la population électorale du moment ? Y aurait-il quelque tentation de la part des médias d’influencer l’issue de ce scrutin ? Troublant, n’est-ce pas ? Mais regardons de plus près le stratagème et on s’aperçoit que la ficelle est vraiment grosse. Demandez à un politologue ce qu’est un « sympathisant socialiste » et il sera bien à la peine de vous répondre. S’agit-il d’un électeur qui vote fidèlement pour le PS, occasionnellement ou simplement d’un transfuge de la droite qui s’apprête à voter socialiste pour la première fois ?
Ces distinctions importent car elles renvoient au degré de proximité et de familiarité avec le PS, ses débats, sa culture et à une connaissance plus ou moins fine des enjeux de ces primaires. Nous ne le savons pas. Nos sondeurs continuent imperturbablement de nous présenter ces « sympathisants » comme une catégorie politiquement homogène. En réalité, ces sondages reposent souvent sur des échantillons ridiculement petits et sont aussi fiables que les sondages « micro-trottoirs » dont sont friands les journalistes en mal d’inspiration. Ces échantillons ne sont ni fiables, ni représentatifs, d’un point de vue scientifique. Ce sont des artefacts d’opinion car ils fabriquent de toute pièce un point de vue qui n’existe que dans l’esprit des… sondeurs. Sonder les « sympathisants » socialistes dans le cadre de ces primaires, c’est donc aussi pertinent que d’aller recueillir le point de vue du peuple allemand lors de la campagne référendaire française au printemps 2005…

Mais il y a pire. La plupart de ces sondages, nous l’avons vu, sont grossièrement exécutés, au mépris des règles déontologiques élémentaires (échantillons minuscules et non représentatifs). Certains sondages imposent carrément une problématique aux sondés. Pour enfoncer le clou de la démonstration (c’est-à-dire pour pouvoir affirmer que Ségolène Royal est réellement plébiscitée par le « peuple des sympathisants socialistes »), il leur faut aussi montrer que la candidate est la « plus compétente » des trois dans tous les domaines : affaires étrangères, social, économie, culture, sports, etc. Ici, ces pseudo-sondages frisent le ridicule et sont franchement hilarants. Avant que la campagne interne ne démarre, Ségolène Royal devançait ses concurrents de 20 à 40 points dans tous les secteurs de gestion. Sacrebleu, Mme Royal est assurément une super candidate ! Mais qu’est-ce qui permettait alors aux sondés d’émettre des points de vue aussi tranchés dans des domaines aussi divers et techniques ? Mystère.

Venons-en au fait : ces sondages sont une vaste entreprise de décervelage (ou d’intimidation) à l’endroit de militants socialistes désorientés, qui s’apprêtent, la mort dans l’âme, à voter pour la « madone des sondages » pour éviter un « nouveau 21 avril ». Certains ne s’y sont résolus que parce qu’on leur assure – sondages à l’appui – que Mme Royal est la « seule candidate capable de battre la droite ». Allons jusqu’au bout du raisonnement. Comment croire un instant que Laurent Fabius soit « scotché » aux 10-15% d’intentions de vote que lui prédisent les « sondages » ? Comment un candidat qui vient de réunir 21% des voix militantes sur son nom et ses idées au dernier congrès du PS, qui recevra la majorité des voix du NPS, des MJS, une minorité de celles de Rénover Maintenant, l’intégralité des voix de FMDS (Dolez-Filoche) et aussi celles de certains jospiniens, pourrait effectivement être si largement distancé ? A vos calculettes et faites l’addition ! La manipulation médiatico-sondagière est ainsi révélée. Ces pseudo-sondages n’ont d’autre objectif que de tenter d’imposer aux militants socialistes, de l’extérieur, la candidate des grands groupes de presse (…et des caciques du PS) !

Les seuls sondages qui, aujourd’hui, auraient un sens, seraient ceux effectués auprès de militants socialistes. Cas hypothétique, car évidemment cela n’arrivera pas : imaginons qu’un institut de sondages interroge une grosse fédération du PS (le Nord, par exemple). Un tel sondage révélerait aujourd’hui des intentions de vote pour Laurent Fabius de 2 à 3 fois supérieures à celles enregistrées par ces sondages manipulateurs. Tout à coup, le « candidat distancé » ne le serait plus ! On comprend donc pourquoi les grands groupes de presse sarko-blairistes ne commandent pas de tels sondages. Le soutien intra-partisan en faveur de Fabius serait enregistré à son niveau réel, c’est-à-dire en deuxième position et probablement talonnant Mme Royal et la candidate « plébiscitée » par les sondages ne le serait plus...

Camarades, la « madone des sondages » est un mythe. Vous pouvez donc tranquillement voter selon vos convictions socialistes.

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27/10/2006

ATTENTION AUX ANALYSES ET SONDAGES

Vu sur le Blog de de nos amis DSK 76 :

DSK progresse à petits pas
Un résultat qui n'a évidemment pas grande valeur statistique mais qui est toujours révélateur des impressions d'après-débat. Donc comme la semaine dernière, je vous livre le résultat de l'enquête post-débat faîte auprès des internautes de LCI.
Réactions des internautes sur le deuxième débat : réponses des visiteurs du site LCI.fr à la question « Lequel des 3 prétendants PS vous a le plus convaincu lors du deuxième débat télévisé ? » (3786 votants) : Laurent Fabius : 40%
Ségolène Royal : 15%
Dominique Strauss-Kahn : 44%

Le même blog annonçait également en pages archivées le sondage précédent du 1er débat qui devrait nous montrer qui avance ou recule :
Sur LCI, qui vous a le plus convaincu mardi soir ? (1515 votants)
Laurent Fabius : 17%
Ségolène Royal : 29%
Dominique Strauss-Kahn : 54%

En conclusion au bout de la seconde émission :
Ségolène - 14 %
Dominique - 10 %
LAURENT + 23 %

ALORS ? Qui a progressé ? Et à grands pas ?

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